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Street art : quand les murs de Paris deviennent ses plus grandes galeries

Fresque de street art — Photo : propriété de CitySpot

13e & 20e arrondissements

Street art : quand les murs de Paris deviennent ses plus grandes galeries

Fresque « Enter the Vortex » de Seth : un enfant de dos face à des cercles concentriques arc-en-ciel peints sur un immeuble
Enter the Vortex — Seth, Boulevard Vincent Auriol, Paris 13e arrondissement

La scène du street art parisien est née de la culture de l'affiche et du pochoir des années 1980, concentrée notamment à la Butte-aux-Cailles, dans le 13e arrondissement, et à Belleville, où de grandes fresques murales ont commencé à apparaître légalement dans les années 2000, via des projets soutenus par la ville sur les façades de tours. Ce qui n'était au départ qu'une pratique underground et souvent illégale est devenu l'une des formes d'art public les plus officielles de la ville : des façades entières d'immeubles sont désormais commandées comme un musée commanderait une sculpture. Nulle part cela n'est plus visible que dans le 13e arrondissement, le quartier de fresques à ciel ouvert le plus célèbre de Paris : depuis 2014, le projet Boulevard Paris 13 de la galerie Itinerrance y a installé environ 35 fresques monumentales, signées de plus de 30 artistes d'une douzaine de nationalités, dont jusqu'à 26 œuvres géantes sur le seul boulevard Vincent Auriol. Sur ce boulevard, repérez Shepard Fairey (Obey) au n° 141, D*Face au n° 155, Cryptik au n° 171, Inti au n° 81 et Seth, dont « Enter the Vortex » est reproduite ci-contre. Ailleurs dans le quartier, le castor de Bordalo II se trouve au 87 rue du Chevaleret et le chat géant de Roa rue Thomas-Mann, près du jardin Abbé-Pierre, avec d'autres œuvres le long de la rue Jeanne d'Arc, de la rue Jenner et du boulevard Masséna.

Suivez un itinéraire libre à travers les fresques murales du 13e arrondissement, peintes par des artistes de renommée internationale à une échelle qui dépasse largement tout ce que l'on trouve dans le centre historique, ou errez dans les petites rues de Belleville à la recherche de pochoirs et de collages plus discrets, qui changent d'une année, parfois d'un mois, à l'autre. Ici, les « monuments » sont véritablement éphémères : ce que vous voyez aujourd'hui pourrait être recouvert à votre prochaine visite.

Dans le 13e arrondissement, commencez par le boulevard Vincent Auriol, puis suivez la rue du Chevaleret, la rue Jeanne d'Arc et la place Pinel, où « Papy Dance » de C215 occupe le mur du n° 9, avant de monter à la Butte-aux-Cailles pour des œuvres plus petites. À Belleville, la rue Dénoyez est une galerie vivante, repeinte sans cesse par des artistes et collectifs locaux.

L'artiste français connu sous le nom d'Invader dissimule depuis la fin des années 1990 de petites mosaïques « Space Invaders » à travers Paris : les repérer est devenu un passe-temps local, avec une application officielle qui comptabilise vos découvertes et transforme la ville entière en une chasse au trésor sans enjeu. Autre figure de la scène parisienne, C215, souvent surnommé le « Banksy parisien », est connu pour ses portraits au pochoir de sans-abri et d'enfants de la ville, peints avec une tendresse que ce surnom ne laisse pas deviner.

Autres pages d'histoire

Fresque « Sudaka » d'Inti : un personnage en patchwork au masque blanc, entouré de motifs géométriques andins
Sudaka — Inti, Rue Lahire, Paris 13e arrondissement

Le street art parisien moderne puise ses racines en mai 1968, quand les étudiants couvrent les murs de la ville d'affiches et de slogans. Le pochoir arrive au début des années 1980 : Blek le Rat, pseudonyme de Xavier Prou, commence à peindre des rats grandeur nature sur les murs de Paris en 1981 et est largement considéré comme une figure fondatrice du pochoir — Banksy a reconnu son influence. À la même époque, Jérôme Mesnager commence à peindre ses silhouettes blanches dansantes, les « Corps Blancs », autour de Ménilmontant en 1983, et Miss.Tic ses pochoirs aux slogans poétiques et ironiques, accompagnant des portraits de femmes.

Le 13e arrondissement connaît son tournant en 2013 avec le projet Tour Paris 13 : une tour d'habitation condamnée, avenue de Choisy, est confiée à plus d'une centaine d'artistes, chacun transformant un appartement ou une cage d'escalier avant la démolition. Des dizaines de milliers de visiteurs ont fait la queue pendant les semaines d'ouverture, signe de la distance parcourue par le street art, des marges de Paris jusqu'au cœur de sa vie culturelle.

3 chiffres clés

2009 — année où le projet Street Art 13 commence à transformer les façades des tours de l'arrondissement

Certaines fresques dépassent 10 étages de hauteur, parmi les plus grandes toiles de street art d'Europe

2 générations de styles cohabitent ici : la culture du pochoir née dans les années 1980 et les fresques géantes officiellement commandées aujourd'hui

On vous recommande…

  • 📍 Fresques du boulevard Vincent Auriol — Boulevard Vincent Auriol · Métro : Nationale
  • 📍 Place Pinel – « Papy Dance » de C215 — 9 place Pinel · Métro : Nationale
  • 📍 Le castor de Bordalo II — 87 rue du Chevaleret · Métro : Chevaleret
  • 📍 Butte-aux-Cailles — Rue de la Butte-aux-Cailles · Métro : Corvisart
  • 📍 Rue Dénoyez — Rue Dénoyez · Métro : Belleville

Le saviez-vous ?

  • Certaines fresques du 13e arrondissement ont été peintes à l'aide de nacelles élévatrices habituellement réservées aux chantiers, les murs étant plus hauts qu'un échafaudage classique.
  • Le street art de Belleville évolue avec sa population : la longue histoire du quartier comme terre d'immigration se lit directement dans les langues et les images peintes sur ses murs.
  • Quelques fresques sont désormais protégées contre le recouvrement, une démarche inhabituelle pour un art né de l'impermanence.
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